TV Locale Paris- Rencontre exclusive avec le Commissaire de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine Kako NUBUKPO.


TV Locale Paris- Rencontre exclusive avec le Commissaire de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine Kako NUBUKPO.

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Article N°27175

TV Locale Paris- Rencontre exclusive avec le Commissaire de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine Kako NUBUKPO.

Le 26 octobre 2022 en plein cœur de Paris, au salon Édouard 7, s’est tenue une conférence organisée par le Club des Jeunes Financiers, présidé par Anne-Audrey CLAUDE, qui recevait Kako NUBUKPO, ancien ministre en charge des Prospectives et des Évaluations des Politiques publiques du Togo, économiste et commissaire à l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
 

Cette conférence avait pour thématique :  ''l'Afrique : tiers-lieux des enjeux économiques mondiaux?''
Anne-Audrey a excellé dans son rôle de modératrice, avec une maitrise des enjeux du développement économique en Afrique, qui en fait de ce continent, le théâtre d’une prédation économique de plusieurs pays. L’Afrique donne lieu a une guerre économique entre puissances étrangères, et des multinationales.
Avant de nous partager son analyse macroéconomique et microéconomique, le commissaire a commencé en abordant les différentes caractéristiques de la monnaie franc CFA, ce qui facilitera la compréhension de l’enjeu de la thématique. Rappelons que le franc CFA (colonies françaises d’Afrique) a été officialisé le 26 décembre 1945 lorsque la France a ratifié les accords de Bretton Woods.

Les caractéristiques liées au franc CFA :
  • La parité avec la monnaie euro ;
  • Une garantie totale de convertibilité avec l’euro « comme une sorte de sous multiple de l’euro » ;
  • La libéralisation des capitaux entre la zone franc et la zone euro ;
  • La libéralisation des systèmes de change (c’est la banque centrale de l’Afrique de l’Ouest qui produit les devises des pays membres de l’union) ;

Cette dernière caractéristique est intéressante, in fine, cela permet de connaitre avec exactitude et à l’instant t l’émetteur de billets lors des échanges entre chaque état. De plus, cela permet également de connaitre les transactions des avoirs extérieurs nets. Comme constaté, par l’exemple de Kako avec la « Mauritanie, qui avait quitté la CEDEAO en 2000, et il a fallu lui rétrocéder tous ses changes, car nous savons avec exactitude quand un billet provient de tel pays ».
À la suite de cet exemple, le commissaire NUBUKPO a émis quatre critiques autour du franc CFA, afin de comprendre la problématique du sujet.

Les critiques liées au franc CFA :
  • La disparité des échanges : 15 % d’échanges intracommunautaires, alors que dans la zone euro c’est de l’ordre de 60%. Cela s’explique par le fait que le franc CFA est connecté à la France, au lieu d’être connecté avec les pays membres de l’UEMOA, ce qui démontre un manque de dynamisme intracommunautaire ;
 
  • Le manque de compétitivité : le franc CFA est rattaché à la monnaie euros qui est « une monnaie forte, néanmoins, il y a une taxe sur les exportations et importations, il faut faire attention au dollar. Lorsque l’euro se déprécie par rapport au dollar, la marge du franc CFA diminue drastiquement ». Par ce mécanisme de dépréciation, cela impacte directement les pays membres de l’UEMOA, et se traduit par une baisse des taxes. Et donc, par effet papillon, il y a moins d’argent dans les caisses des pays pour développer des projets et autres infrastructures ;
 
  • Le sous-financement de l’économie des zones francs : c’est la résultante d’une répression financière qui est caractérisée par un « système qui incite beaucoup à se connecter à la zone euro ». Afin de garder la « défense du taux de change, comme objectif ». À travers ce mécanisme, cela met en exergue l’obsession de la banque centrale de vouloir détenir des avoirs « afin que la monnaie ne se dévalue pas ». Cette stratégie permet donc, à la banque centrale d’avoir une très grande quantité de réserve, en cas de dépréciation monétaire. Rappelons qu’en 1994, le franc CFA a été dévalué et n'avait plus de devise pour assurer la parité. Avec le retour d’expérience de la dévaluation de 1994, cela met actuellement en lumière la problématique de l’asymétrie d’informations, dans cette prédation économique extra et intra-Africaine ;
 
  • Pas de croissance économique : car la doctrine de la banque centrale des états de l’Afrique de l’Ouest n’est pas dans une logique de création d’emploi pour les jeunes, en dépit du fait que l’Afrique dispose d’une jeunesse croissante. La logique de l’institution est orientée « vers la stabilisation des prix et la lutte contre l’inflation ». A contrario, la banque centrale américaine grâce à sa politique monétaire doit veiller au plein emploi et à faciliter la croissance économique des États-Unis, sans oublier la stabilité des prix, tout en étant indépendante du pouvoir politique.

Au regard de ces critiques constructives, il apparait comme une évidence certains angles morts liés aux problématiques de l’Afrique de l’Ouest, et qui peuvent être corrigés. Kako NUBUKPO est revenu sur la suppression du franc CFA, qui sera remplacé par la monnaie ECO. Cette information a été annoncée par le président Emmanuel MACRON lors de son déplacement chez son homologue ivoirien Alassane OUATTARA en septembre 2019. Cette nouvelle monnaie sera la monnaie unique dans la CEDEAO. Pour le commissaire de l’UEMOA, il y a trop « d’opacité avec l’Eco », et cela pointera vers des problèmes économiques entre les pays membres.

Le problème nigérian au sein de la CEDEAO :
Un problème économique majeur au sein de la CEDEAO, qui déstabilisera tous les autres pays, c’est le Nigéria. De facto, ce dernier représente ¾ du PIB de la CEDEAO et 52% de la population. Rappelons que le Nigéria est un pays exportateur de pétrole, de surcroit cela va créer une dépendance énergétique pour les pays importateurs. « Quand tout va bien pour le Nigéria, ça va mal pour les autres pays », souligne Kako NUBUKPO. De plus, vient se greffer à cela, le problème lié à la parité du taux de change entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique central, car dans la zone de l’UEMOA le taux de change est fixe.


Constat de la situation agricole de l’Afrique.

Le paradoxe alimentaire de la République Démocratique du Congo.
Le continent a tout pour réussir, notamment sur le plan agricole, puisqu’il détient 650 millions d’hectares de terres arables, soit 60% de la totalité mondiale. Ce qui fait de l’Afrique, le champion de la terre arable, car il n’y a aucune équivalence dans le monde. Prenons l’exemple de la République Démocratique du Congo (RDC), qui dispose de 90 millions d’hectares de terres arables, cependant la RDC « importe tout, des produits alimentaires alors que son sol possède tout » s’insurge le commissaire. La RDC a tout pour devenir la première puissance mondiale agricole. Le commissaire rappelle qu’il « manque à la RDC un facteur essentiel, qui’est celui des capitaux, des véhicules financiers pour développer son agriculture et être exportatrice ». Ce paradoxe alimentaire que subit la RDC, la place dans une dépendance alimentaire de l’extérieur, il suffit d’une augmentation des prix des produits alimentaires pour créer davantage de problèmes. La RDC peut nourrir tout le continent Africain si elle arrive à stopper sa dépendance alimentaire, car cette dépendance provoque in fine, une insécurité alimentaire au niveau national. Notons que le pays importe entre 20 à 40% d’aliments en provenance du Maghreb selon l’INRA (institut national de la recherche agronomique).
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      Les solutions ?
Kako NUBUKPO fait un constat sur l’aspect situationnel de la productivité agricole sur le continent, qui est édifiant, car « depuis 62 ans, il n’y a pas eu d’augmentation de rendement de la tonne par rapport à l’hectare, et certaines régions sont en dessous de la tonne ». Le facteur premier pour une agriculture vivrière est la maitrise de l’eau, car avec une maitrise informationnelle de la quantité d’eau, il est possible de dresser un calendrier avec des dates clés telles que :
  • La date de semence ;
  • La date de récolte ;
Ces dates permettraient d’anticiper les prochains tonnages de récolte par rapport à l’hectare, et ainsi de voir l’évolution des variations du rendement agricole.
Rappelons que la productivité par définition est le rapport en volume, entre une production et les ressources mises en œuvre pour l'obtenir. Cette productivité peut croitre par le biais d’investissement. Toutefois, comme l’a souligné Monsieur NUBUKPO « le secteur agricole est orphelin, car il n’y a pas d’accès au crédit pour les projets agricoles ».

Comment pallier ce non-accès au crédit pour le développement agricole ?
Idéalement, il faudrait définir une politique agricole décentralisée afin qu’elle puisse être connue au niveau local, et au niveau régional, avec un réel accompagnement structurel, pour favoriser les projets de développement agricole. Les banques doivent s’adapter « aux spécificités culturelles des agriculteurs » selon Kako NUBUKPO, afin de mieux comprendre leur problématique permettant ainsi l’augmentation de leur productivité.
Le système bancaire a toujours besoin de garanties, qu’importe le pays dans lequel nous sommes. Par conséquent, au sein de cette politique agricole, il faudrait rassurer les banques par un système d’assurance pour minimiser le capital risque investi, car la logique capitaliste est une logique de profit. Le commissaire de l’UEMOA mentionne bel et bien cette carence du système d’assurance dans le secteur agricole ainsi qu’une carence dans le système de stockage post-agricole. Ce dernier prend comme exemple le Mali avec la production de mangues « il n’y a pas de piste rurale et de structuration des producteurs pour avoir une part équitable des filières ». Il y a un gros défi que les institutions doivent relever en bonne intelligence collective, afin d’accompagner au mieux les agriculteurs tout en ayant un rendement équitable, ce qui limiterait la dépendance des importations alimentaires et stopperait l’insécurité alimentaire.
Ce défi qui doit être inscrit au cœur de chaque politique publique agricole des états Africains, avec une maitrise de la stabilité des prix aux producteurs, garantissant ainsi à ces derniers une stabilité de revenus, en cas de crise. Comme les font le font les USA, lors de crise.
Afin de développer une économie ou un secteur d’activité, l’une des règles fondamentales est le protectionnisme.

Quid d’un protectionnisme agricole Africain ?
Rappelons que le cœur de la souveraineté Africaine se trouve en Éthiopie à Addis Abeba, qui réunit les chefs d’État des 55 pays Africains. La question autour du protectionnisme Africain fait débat, lorsque le sujet revient à l’ordre du jour concernant la construction du bâtiment de l’Union Africaine, par des entreprises chinoises. Le siège de l’Union Africaine est le cheval de Troie des Chinois, avec des placements stratégiques de micros, dans toute l’enceinte du bâtiment. Rappelons que l’espionnage constitue un délit et est donc puni par la loi. Espionner les réunions stratégiques des 55 chefs d’État, voilà le résultat de ce cadeau empoisonné.  Une fois de plus le paradoxe est présent avec cette dépendance extérieure, en l’occurrence la Chine. Cela démontre l’intérêt porté par des puissances extra-Africaines, prouvant ainsi que le continent est victime d’une prédation économique, mais également dans un cercle de dépendance mortifère.

Quid du protectionnisme écologique ?
Afin d’apporter une réponse globale concernant le protectionnisme écologique, il faudrait que cette notion soit intégrée dans les politiques publiques, et rattachée plus spécifiquement à la politique agricole. Par une augmentation des taxes des multinationales et des entreprises étrangères. Et qu’une partie de ces impôts soit réutilisée dans le développement des pistes rurales et d’infrastructure pour le développement de l’économie agricole et permettant un partage du rendement des producteurs. Sans oublier de reprendre le mécanisme précédemment cité sur l’accompagnement des banques et du système d’assurance agricole. Dans un premier temps, cela limiterait la prédation des pays dits émergents et émergés ainsi que les grandes puissances nationales étrangères et supranationales. Dans un second temps, il serait intéressant de développer la culture du patriotisme culturel, afin que les populations protègent leurs terres ainsi que les biens communs, car « l’Afrique peut construire un contrat social, avec des bases d’accords communs sur la répartition équitable des ressources et non pas sur l’individualisme » selon Kako NUBUKPO. La réussite de ce contrat social se fera avec la participation des chefferies locales, comme l’indique Kako NUBUKPO « la chefferie locale doit être au cœur de la politique gouvernementale tout en préservant les cultures africaines ».

Le continent Africain rend service à toute l’humanité, du fait d’être le plus grand continent au monde, « il émet que 4% de dioxyde de carbone (co2) alors que le continent représente 17 % de la population mondiale » nous informe le commissaire.


Pour toute information complémentaire concernant le Club des Jeunes Financiers : https://www.jeunesfinanciers.com/index.php?page=ACCUEIL
 

Jonathan CHASTE

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